LE MYSTÈRE DE LA MORT D'EMMANUEL BOUCHET, À PAU (PYRÉNÉES-ATLANTIQUES)

Photo d'Emmanuel Bouchet

Le dimanche 22 mars 1998, Emmanuel Bouchet, jeune homme de 18 ans, était retrouvé mort dans la ville de Pau (département des Pyrénées-Atlantiques), près du funiculaire de la gare, dans un canal, en contrebas du boulevard des Pyrénées.

Saisis du dossier, le tribunal de Pau et ses magistrats ont conclu 6 mois plus tard à un suicide en dépit de nombreuses preuves montrant qu'il s'agit d'un assassinat.

Qu'est-il arrivé à Emmanuel ? A-t-il été séquestré ? Sa famille lance un appel à témoins.

Une rediffusion de l'émission « Crimes en direct : l'appel des familles » consacrée à Emmanuel Bouchet et à Alain Dubois aura lieu le lundi 28 mars 2016 de 22h45 à 1h10 sur la chaîne de télévision NRJ 12.

La disparition et la découverte du corps

Emmanuel a quitté son domicile palois le mardi 10 mars 1998 vers 20 h 30. Après un bref passage dans un bar du quartier du Triangle, peut-être le bar La Movida, dans le centre de Pau, personne ne l’a revu vivant.

Le soir du 11 mars, devant son absence prolongée, sa mère s'est rendue au commissariat central de Pau pour signaler sa disparition : Emmanuel ne s’était jamais absenté aussi longtemps sans prévenir. L’inspecteur qui l’a reçue lui a répondu que la police ne pouvait pas intervenir car Emmanuel était majeur, réponse réitérée les jours suivants malgré l'insistance et l'inquiétude des parents.

Le 17 mars enfin un avis de recherche est paru dans la presse locale. D'après la police, aucun témoin ne s’est manifesté.

Le dimanche 22 mars, le corps d’Emmanuel a été retrouvé dans le canal de l'ancienne minoterie Heïd, en bordure du jardin public la Palmeraie, près du chantier de construction du nouvel Hôtel du département. Il gisait à côté de la passerelle du Stadium de la gare, dans de l’eau boueuse, au milieu de roseaux et de broussailles, presque caché à la vue des promeneurs.

Les lieux

Les endroits cités sont indiqués sur le plan suivant.

Plan du centre-ville de Pau

On voit :

L'enquête

Les enquêteurs du commissariat de Pau ont rapidement déclaré qu'il s'agissait d'un suicide : Emmanuel se serait jeté du haut d'une terrasse, le Belvédère, à quelque distance du lieu, puis son corps aurait roulé jusqu'au canal Heïd et dérivé jusqu'à l'endroit de la découverte.

Beaucoup d'éléments, pourtant, montraient que c'était impossible.

Le décès d'Emmanuel aurait notamment daté de huit à dix jours, tandis que le corps n'aurait séjourné dans l'eau que durant les quatre ou cinq jours précédents ; Emmanuel se serait « noyé » avec très peu d'eau dans les poumons, dans une faible profondeur d’eau alors qu’il nageait comme un poisson ; le peu d’eau contenue dans ses poumons n’avait pas la même composition que l’eau du canal Heïd.

Le cadavre présentait un grand nombre de graves blessures internes (au poumon droit, au cœur, au foie, aux reins...), un coude luxé, le bassin, une jambe et trois côtes cassés ; il manquait une chaussure, jamais retrouvée.

Le vélo d'Emmanuel a été retrouvé sur le boulevard des Pyrénées dominant la Palmeraie, près du Belvédère, attaché à l'aide d'un cadenas qui ne lui appartenait pas, alors qu'Emmanuel avait l'habitude de ne jamais mettre d'antivol.

Mais rien de cela n'a empêché le tribunal de Pau de refermer le dossier sur conclusion de suicide en septembre 1998.

Trois décès suspects similaires

En janvier 1999, le dossier a été rouvert sur insistance de la famille, après comparaison avec le décès d’un autre jeune homme, Alain DUBOIS, aspirant compagnon du tour de France, retrouvé mort en septembre 1998 dans le même secteur géographique. Il existe en effet de nombreux points communs entre les deux décès :

De plus, le même inspecteur de police a été chargé de recevoir la mère d'Emmanuel venue signaler la disparition de son fils, de lui dire qu'il ne pouvait rien faire car Emmanuel était majeur, de recevoir la famille d'Alain Dubois après son décès, de diriger les deux enquêtes ; ce policier a tenu les mêmes discours aux deux familles sur, entre autres propos, les taux élevés de suicides en France et dans la région de Pau en particulier ; il a rendu les mêmes conclusions de suicides (pour Alain Dubois : sans aucune enquête), validées par ses supérieurs au commissariat de Pau.

Il faut également comparer ces deux décès avec le cas d'un jeune habitant de TARBES (Hautes-Pyrénées), Hervé BOY, retrouvé mort près de la gare d'ORTHEZ (Pyrénées-Atlantiques) le samedi 11 décembre 1999. Hervé, âgé de 24 ans, a également été découvert avec peu d'eau dans les poumons dans le canal d'une microcentrale et d'une minoterie de la société Heïd ; il lui manquait aussi une chaussure. Hervé portait une longue balafre sous la mâchoire inférieure ; ses papiers avaient disparu. La ville d'ORTHEZ est située à 40 kilomètres de Pau, dans la même juridiction. Le procureur de la République de Pau Jean-Pierre Dreno a classé le dossier sans suite en janvier 2001, 13 mois après le décès, pour manque de preuves, après l'audition de seulement trois personnes, sans ouvrir d'instruction (voir quelques articles de journaux concernant Hervé Boy).

La conclusion de l'enquête

Depuis 1999, les nombreux indices révélés par l’autopsie d'Emmanuel n’ont pas été exploités ni expliqués, quelques témoins ont été entendus ou réentendus, une reconstitution et une expertise technique ont réfuté la possibilité du suicide, mais rien n’a fait changer l’opinion de la police ni de la justice qui défendent au delà du possible la thèse du suicide.

Un article du journal Sud Ouest paru le 5 mars 2003 explique la version soutenue aujourd'hui par les policiers et les magistrats de Pau.

Article du journal Sud Ouest
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D'après la dernière conclusion des policiers, le corps aurait remonté le canal Heïd à contre-courant sur un minimum d'une cinquantaine de mètres entre le décès et la découverte ; il suffit d'observer le plan agrandi ci-dessous pour le constater.

Plan des lieux

On voit :

Ajoutons qu'Emmanuel n'avait aucun problème sentimental ou psychologique, contrairement à ce qui est affirmé dans l'article.

D'autre part, les prélèvements d'eau dans le canal Heïd ont été effectués dans les jours qui ont suivi la mort d'Emmanuel : ils ne peuvent donc être sérieusement contestés, d'autant que cette incohérence dans le dossier n'avait pas empêché le juge d'instruction de rendre un premier non-lieu en septembre 1998.

Notons enfin que le décès d'Emmanuel n'a suscité qu'un faible intérêt dans les journaux locaux (les quotidiens Sud Ouest et La République des Pyrénées), comme en témoigne le nombre restreint d'articles parus sur le sujet.

Signalement

Photo d'Emmanuel Bouchet

Emmanuel, de corpulence mince, mesurait 1,70 mètre ; il avait les yeux bleus, les cheveux châtain clair, longs devant et rasés derrière (il portait une coiffure en boule), le visage allongé et presque imberbe.

Titulaire d’un CAP de cuisinier, il était élève au lycée professionnel de Morlaàs (64), où il préparait une mention complémentaire en pâtisserie ; au moment de sa disparition, il effectuait un stage dans une boulangerie de Pau. Il n’avait pas de problèmes, faisait des projets, et n’était pas du tout dépressif.

Appel à témoins

Nous lançons un appel à toutes les personnes ayant pu voir Emmanuel ce soir du 10 mars 1998, ou les jours suivants, ou ayant remarqué des allées et venues suspectes aux abords du canal Heïd, dans la Palmeraie et dans le secteur de la rue du Moulin, dans le quartier de la gare de Pau entre le 10 et le 22 mars.

Merci de nous contacter, à famille@emmanuel-bouchet.org.

Des articles de journaux

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27/05/2006